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Le 29 juillet 2016

Miséricorde de proximité, par le p. Pierre de Charentenay

L’Eglise nous invite aujourd’hui au jeûne et à la prière, en réponse à cet événement de l’assassinat du Père Jacques Hamel à Rouen. Temps essentiel ici aux JMJ et dans toute la France pour mettre ce drame dans la lumière de Dieu et non dans les ténèbres de la vengeance ou de la colère.

 

PIERRE_DE_CHA_PORTRAIT_EDITO Ainsi dans toutes les circonstances, nous prenons ce réflexe de nous tourner vers Dieu, de nous remettre entre ses mains et de le prier. Mais comme le pape lui-même le fait dans sa tradition jésuite, la prière est suivie de la réflexion et de l’action. La réflexion sur cet événement si tragique et absurde est d’autant plus importante que l’émotion risque de nous submerger et de nous aveugler.

Que pouvons-nous dire de cet événement? Le terrorisme dont nous sommes les victimes en France est en transformation. Ce n’est plus le terrorisme organisé comme lors de l’affaire du Bataclan. Il s’agit à Nice comme à Rouen de ce que l’on pourrait appeler « un terrorisme de proximité », accompli par un homme ou deux, sans arme à feu et sans explosif, et sur des cibles de la vie ordinaire.

L’action de l’Etat devient très difficile. Il ne peut pas surveiller toutes les personnes psychologiquement fragiles ou détecter à temps les processus de radicalisation. Autant on peut protéger des cibles précises, même importantes comme la COP 21 ou l’Euro 2016, autant on ne peut pas mettre un garde ou un policier dans tous les lieux de culte et derrière tous les groupes.

« La miséricorde de proximité », c’est l’attention de tous à ceux qui sont en difficulté sociale ou psychologique

 

Quelles réponses au terrorisme de proximité? Une des réponses actives possibles est ce que j’appellerai « la miséricorde de proximité ». C’est l’attention de tous à ceux qui sont en difficulté sociale ou psychologique. Les auteurs de ces attentats ont des relations de proximité. Ceux qui poseraient un problème direct doivent être signalées à la police, c’est une évidence. Mais le parcours de beaucoup est traversé de perturbations, de manque de relation, d’isolement.

Notre civilisation, marquée par l’individualisme, laisse en grande souffrance les personnes en difficulté qui pour une raison ou une autre croient trouver une solution dans la radicalisation. C’est là que la miséricorde est nécessaire. Elle peut transformer une collection d’individus qui ne se connaissent pas en une communauté de soutien, de relation, d’intégration. Elle peut ramener à la raison ceux qui sont tentés par les fantasmes de leur violence. La miséricorde invite à cette attention du quotidien aux cultures différentes, y compris « celles que nous craignons » disait le pape François à la célébration d’accueil des JMJ.

La miséricorde de proximité est l’avenir d’une société pacifiée.

 


photo ©Światowe Dni Młodzieży Krakow 2016